La bureaucratie n’a jamais été une finalité.
L’organisation non plus.
En revanche, le besoin que les choses simples soient réglées s’est imposé très tôt.
La gestion des connaissances commence ici : distinguer ce qui peut être réglé une fois pour toutes de ce qui doit rester ouvert, vivant, disponible.
Horaires, salaires, budgets, durées de concert, temps de trajet, formats, contraintes techniques.
Tout ce qui est mesurable, calculable, vérifiable.
Tout ce qui relève de l’arithmétique ordinaire du métier.
Avec plusieurs décennies de pratique musicale, instrumentale, artistique, mais aussi organisationnelle, une évidence s’est installée :
ce qui peut être réglé rapidement doit l’être, non par obsession du contrôle, mais pour libérer ce qui ne se calcule pas.
Quand 2 + 2 font 4, il n’y a aucune raison d’y revenir sans cesse.
L’énergie n’est pas là.
Elle est ailleurs.
- Dans les notes à jouer.
- Dans les choix à faire.
- Dans une intention à préciser, une forme à chercher, un silence à accepter.
- Dans un sourire, parfois dans des larmes.
- Dans tout ce qui échappe aux tableaux et aux plannings.
Apprendre pour dégager de l’espace
Au fil des années, les connaissances s’accumulent.
Non par goût de l’accumulation, ni par volonté de tout maîtriser, mais pour gagner en autonomie là où cela fait sens.
Enregistrement, production musicale, diffusion, mise en ligne, vidéo, montage, photo, édition musicale, publication, facturation, calculs simples, plans de scène, typographie, orthotypographie, grammaire, mathématiques appliquées au réel du métier.
Ces savoirs ne constituent pas un objectif en soi.
Ils sont des moyens.
- Des moyens pour résoudre rapidement ce qui revient sans cesse.
- Des moyens pour éviter que chaque projet recommence à zéro.
- Des moyens pour ne pas gaspiller de l’énergie là où il n’y a rien à inventer.
Gérer les connaissances, dans ce cadre, consiste moins à accumuler qu’à organiser, trier et maintenir ce qui soutient réellement la pratique.
Le vrai travail : trier
Avec le temps, le volume de connaissances augmente mécaniquement.
Le véritable travail n’est pas de tout conserver.
Le véritable travail est le tri.
Toutes les connaissances ne méritent pas d’être gardées.
Toutes ne méritent pas d’occuper de la place mentale.
- Celles qui restent sont celles qui servent.
- Celles qui reviennent dans la pratique réelle.
- Celles qui permettent d’agir plus clairement, plus rapidement, plus justement.
Une connaissance jamais mobilisée devient du bruit.
Elle disperse l’attention et alourdit le travail.
S’en servir ou laisser partir
Une connaissance n’existe réellement que lorsqu’elle est utilisée.
Sinon, elle reste un stock inerte, sans effet.
Garder pour garder n’a aucun intérêt.
Conserver “au cas où” finit souvent par désorganiser plus qu’aider.
Faire le tri n’est pas un renoncement.
C’est un choix.
Un choix en faveur de ce qui reste vivant.
De ce qui circule dans le travail quotidien.
De ce qui soutient la création au lieu de l’encombrer.
Le blog, le site, les outils : des savoir-faire à part entière
Écrire un blog, maintenir un site, publier, structurer des contenus, articuler ces espaces avec les réseaux sociaux : tout cela fait partie du paysage actuel.
Sans connaissances, ces espaces deviennent chronophages.
Avec un socle clair, certaines choses deviennent simples, décidées, terminées.
L’enjeu n’est pas d’être partout.
Ni d’optimiser en permanence.
L’enjeu est de ne pas subir.
À propos de l’intelligence artificielle
L’intelligence artificielle peut être utile.
Mais uniquement lorsqu’un socle de connaissances existe déjà.
- Elle ne pense pas à la place.
- Elle ne décide pas du fond.
- Elle aide à organiser, clarifier, structurer, accélérer certaines opérations.
Sans connaissances préalables, elle brouille plus qu’elle n’aide.
Avec un socle solide, elle devient un outil parmi d’autres, au service du travail réel.
La gestion des connaissances n’est donc pas une affaire d’outils, mais de responsabilité dans l’usage de ce que l’on sait.
Autonomie et respect du savoir-faire d’autrui
L’autonomie n’est pas un isolement.
Elle n’est pas non plus une revendication d’autosuffisance.
Elle procède d’un respect profond du temps, de la disponibilité et du savoir-faire d’autrui.
Chaque compétence mobilisée chez quelqu’un d’autre engage quelque chose de précieux.
Faire appel à un service suppose de pouvoir le rémunérer justement, ou au minimum d’en mesurer la valeur réelle.
Lorsqu’un service ne peut pas être rémunéré correctement, il devient légitime de se demander s’il ne vaut pas mieux apprendre à le faire soi-même.
Non pour tout faire seul.
Mais pour ne pas transformer les autres en ressources gratuites, sollicitées par défaut.
Construire son autonomie, c’est aussi cela :
réserver les collaborations aux moments où elles ont du sens, du poids et une vraie nécessité.
L’autonomie permet de choisir quand demander de l’aide.
Et de le faire avec justesse.